
Deux mille six cents collaborateurs transférés à date, un partenariat conclu le 1er juillet et présenté comme opérationnel le 28 juillet par Orange dans ses résultats semestriels : le dossier Tech Mahindra est entré dans la vie de l’entreprise.
La direction doit désormais rendre compte de ce que cette opération produit : pour les clients, pour les salariés et pour la capacité d’Orange Business à conduire son propre avenir.
Le périmètre d’un « partenariat » risqué
Lorsqu’un réseau se dégrade, le client attend que quelqu’un sache retrouver la cause, comprendre une configuration ancienne, prendre la bonne décision. Il s’adresse à Orange. La confiance se mesure alors aux moyens que l’entreprise peut réellement mobiliser. C’est à cette épreuve que le « partenariat » doit être jugé.
Le périmètre mérite d’être décrit exactement : l’annonce du 2 mars portait sur une partie du support international et des activités de devis, commande, facturation et après-vente hors de France, pour cinq ans.
Orange annonçait conserver la gestion directe des opérations françaises et de certains segments critiques : une fraction du fonctionnement quotidien de la relation client change de mains.
La nécessité de transformer Orange Business est réelle.
Au premier semestre 2026, son chiffre d’affaires a reculé de 3,1 % à base comparable ; son EBITDAaL, l’indicateur de rentabilité opérationnelle utilisé par le groupe, a diminué de 6,4 %.
Ces résultats précèdent le démarrage du partenariat. Orange mise sur l’automatisation, les capacités industrielles de Tech Mahindra et le développement commercial commun.
L’avantage de ce choix doit pouvoir se démontrer face à une transformation conduite en interne.
La maîtrise du métier est en jeu : traiter un incident, corriger une erreur récurrente de facturation, démêler une commande complexe produisent une connaissance du client et de ses contraintes. Il faut organiser la circulation de cette expérience, son accès par les équipes d’Orange et sa transmission aux nouveaux collaborateurs.
Sans cela, l’entreprise conservera la responsabilité commerciale du service tout en perdant progressivement les moyens d’en apprécier la qualité ou d’en corriger les défaillances.
La direction a précisé quels experts resteront disponibles chez Orange Business, mais pas comment les compétences internes seront renouvelées et quels accès aux outils et aux historiques permettront d’intervenir. Ces engagements déterminent aussi la réversibilité du contrat.
Une clause de sortie devient bien peu opérante lorsque les personnes capables de l’exercer, les informations nécessaires ou les moyens techniques manquent.
Pour cela, nous demandons qu’une reprise soit éprouvée sur un périmètre représentatif, avec un délai et un coût documentés.
Des risques règlementaires
Les clients soumis à de fortes exigences réglementaires ont leurs propres raisons d’attendre ces garanties. DORA, applicable depuis le 17 janvier 2025, maintient la responsabilité des entités financières lorsqu’elles recourent à des prestataires informatiques. Pour les services soutenant des fonctions critiques ou importantes, il prévoit notamment des droits d’audit et des dispositions de sortie. Le RGPD encadre la sous-traitance et les transferts de données personnelles hors de l’Union. Ces textes appellent une vérification des accès, des lieux de traitement et des engagements contractuels sur le périmètre concerné.
Les salariés transférés doivent être protégés
Les salariés transférés doivent bénéficier d’engagements tout aussi précis. Leur changement d’employeur s’accompagne de garanties applicables dans chaque pays : ancienneté, rémunérations, formation, mobilités et évolution des effectifs doivent faire l’objet d’un suivi.
Orange a choisi cette organisation ; nous lui demandons d’assumer le suivi de ses conséquences sociales au-delà du jour du transfert, en toute transparence.
Le premier bilan doit rapprocher le périmètre annoncé de celui effectivement transféré, expliciter les éventuels écarts et donner à voir le service rendu : incidents récurrents, délais de résolution, erreurs de facturation, réclamations, départs de clients.
Ces données doivent être comparées à la situation antérieure, par pays et par activité, puis examinées avec les représentants des salariés, aux côtés des coûts et des conditions de travail.
Des seuils d’alerte convenus doivent déclencher des corrections et, si nécessaire, une reprise d’activité.
La CFE-CGC Orange demande ce bilan contradictoire, assorti d’engagements vérifiables sur la durée.
Une reprise d’activité se prépare avant qu’elle devienne nécessaire.
Orange Business a engagé ses équipes et sa réputation dans ce partenariat.
À sa direction de démontrer qu’elle garde les moyens de tenir parole.
A lire également
Orange Business – Tech Mahindra accident industriel en vue
Transfert Orange Business / Tech-Mahindra : Partners in crime